Sortie « viste des blockhaus » du 8 juin 2013

Notre ville est connue à l’extérieur par le tourisme, les zones naturelles, la qualité de son accueil et la sympathie de ses habitants. Mais aussi par les grosses constructions de béton armé disséminées dans nos dunes qui connaissent également des adeptes et des spécialistes qui commentent leurs découvertes. Des fortifications très anciennes, de l’époque gallo-romaine ont disparu de la surface de nos terres mais certains lieux-dits comme « le camp des romains » font penser à leur existence.
Celles dont il sera question aujourd’hui sont plus récentes et on peut les diviser en trois grandes classes :

-Celles de la guerre 1914-1918
-Celles du Secteur Défensif des Flandres -1939-1940
--Celles de la seconde guerre mondiale 1940 – 1945

Une promenade dans la dune du Perroquet nous permettra de découvrir ces trois types de constructions.

1 – La ligne fortifiée 1914 – 1918

Après 1914, l’ Etat Major craignait effondrement de la ligne de front tenue par les Belges, les Anglais et les Français au long de l’Yser. Pour éviter que les Allemands n’atteignent dans ce cas les ports de Dunkerque, Calais et Boulogne qui assuraient la logistique, des blockhaus ont été édifiés au long de la frontière probablement par le génie militaire français. A l’intérieur on monte un coffrage perdu en utilisant des tôles ondulées cintrées de type « métro ». Une fois mises en place, elles constituent la peau intérieure de l’abri et elles sont assez solides pour couler du béton par-dessus. Les autres formes sont coffrées avec du bois. Ces abris étaient souvent munis de créneaux de tir pour des armes d’infanterie (fusils ou mitrailleuse). Une sorte de tourelle dépassait du toit, portant des fentes de vision de manière à pouvoir observer l’extérieur et donner les ordres de tir. On les reconnait facilement par la présence de la tourelle et également par le matériau utilisé : des galets de grosse taille et un ciment gris sombre dont le dosage en ciment est élevé. Ils portent un nom de ville française dans le couloir d’entrée ou sur toute autre partie de la maçonnerie. Cette inscription est souvent une œuvre d’art. Ils sont près d’une trentaine répartis sur une bande de 500 mètres environ au long de la frontière, depuis la mer jusqu’à la lisière sud de Ghyvelde. Plus au sud, la nature veillait car on avait inondé la « Moëre extérieure » en laissant monter le niveau d’eau douce par fermeture des écluses de Dunkerque et Nieuport. Il existe d’ailleurs une tombe belge dans le cimetière militaire de Zuydcoote. Il s’agit de celle de l’ingénieur chargé du contrôle de l’inondation. On pouvait alors aller en barque d’ Uxem (France) à Houtem (Belgique).

Durant la guerre 1914 – 1918, les villes à l’Est de Dunkerque comportaient des camps de repos pour les troupes qui avaient fait leur tour de front. Bray-Dunes et Ghyvelde recevaient de nombreux soldats Belges ce qui faisait bien fonctionner les nombreux estaminets. Quelques bagarres animaient parfois les soirées. On longeait dans les dunes, dans des baraquements en bois, des tentes et aussi des gourbis faits de planches récupérées dans les villas. Il n’y eut pas de combats dans Bray-Dunes ou Ghyvelde . On entendit passer quelques avions qui partaient vers Dunkerque et aussi quelques gros obus envoyés par les canons de 380 millimètres de Leugeboom et Prediktboom sur l’agglomération Dunkerquoise située à plus de 45 kilomètres. Un accident tua de nombreux enfants de Bray-Dunes quand un bombardier Belges se posa et explosa car il était chargé de bombes. Il faut noter aussi que notre village comptait deux terrains d’aviation, l’un français, l’autre anglais.
Entre les deux guerres, ils ont servi de logements aux militaires et civils de toutes nationalités qui sont venus détruire les énormes stocks d’obus mais aussi aux douaniers qui s’y cachaient pour traquer les nombreux fraudeurs.

2 – Les blockhaus du Secteur Défensif des Flandres 1939-1940

Des crédits énormes ont été engloutis par la construction de la Ligne Maginot. Elle s’arrêtait vers Sedan et plus au nord ont la fit suivre par le « Secteur Fortifié des Flandres » comportant de gros ouvrages munis de canons antichars et de mitrailleuses jumelées. Ces ouvrages comportaient également des coupoles d’artillerie ou de guetteurs. Plus au nord encore, à partir de Oost Cappel, commençait le « Secteur Défensif des Flandres » Il s’appuyait sur les blockhau s édifiés par le Génie Militaire Français ou les Régiments de Pionniers. Parfois aussi on y faisait travailler les réfugiés politiques Espagnols arrivés en France après la défaite des troupes de la République Espagnole et la victoire du Général Franco. Ces blockhaus sont adaptés pour recevoir des mitrailleuses et des canons antichars de 25 MM. Parfois aussi, on y a placé quelques canons de 75 MM ou de 95MM dans des emplacements bétonnés. En fait, on ne veut pas en faire de trop pour ne pas vexer nos voisins belges car en principe, leur neutralité devait être la meilleure protection.
On a aussi inclus dans le Secteur Défensif des Flandres les blockhaus qui avaient été construits durant la première guerre mondiale. Certains ont été modifiés pour utiliser des armements plus modernes. Beaucoup ont été utilisés par le 8° Régiment de Zouaves de la 12° Division d’Infanterie Motorisée, commandée par le Général Janssen. Ce régiment était affecté à la protection de la frontière à Bray-Dunes pour permettre le rembarquement des alliés dans le cadre de l’ « Opération  Dynamo » du 26 mai au 4 juin 1940. En se sacrifiant, ces soldats ont permis à des milliers d’hommes de gagner l’Angleterre et peut-être ainsi changer le cours de cette guerre. En particulier, le bloc « VESOUL » situé au long du canal de Furnes a tenu plusieurs jours sous le feu des assaillants. L’évènement est rappelé sur le monument à la rotonde sur la digue de mer.

3 – Les constructions allemandes 1940 – 1945

Sitôt après l’invasion en juillet 1940 les Allemands ont commencé la construction de petits abris et des cuisines , réfectoires, dortoirs et installations sanitaires. On construit aussi des emplacements pour les grosses pièces d’artillerie. On veut se protéger pour le cas où les Anglais reviendraient mais on prépare aussi l’opération « Seelöwe »c'est-à-dire le débarquement en Angleterre qui doit intervenir après que la Luftwaffe ait brisé la R.A.F. Tout ne se passe pas comme prévu et le projet doit être abandonné. La R.A.F. a résisté à la pression et les exercices de débarquement ont démontré que les bateaux improvisés n’étaient adaptés que pour une mer d’huile. Il faudra tenir longtemps. On renforce donc la bande côtière et aussi une seconde ligne 4 à 5 kilomètres en arrière des plages, où la nappe phréatique va se montrer un ennemi tenace en faisant remonter l’eau dans les constructions. Cette ligne comprendra aussi des dépôts de munitions, des postes de commandement, des infirmeries/hôpitaux bétonnés, des centres de transmissions et enfin, des emplacements de combat pour des chars gardés en réserve loin en arrière des côtes et prêts à monter vers les plages en cas de débarquement.
Dans notre dune du Perroquet, nous voyons :
De nombreux petits « Tobrouk », nom donné à ces ouvrages lors de l’épopée de l’Afrika Korp , étaient des emplacements pour un guetteurs avec son fusil Mauser, ou pour une mitrailleuse , un fusil mitrailleur, un mortier de 5 CM ou 8 CM, un lance flamme, ou pour les transmissions. Certains se retrouvent dans des positions bizarres car les dunes se sont déplacées et l’ouvrage s’est couché ou retourné.
Chose curieuse, à Bray-Dunes, nous avons même un blockhaus latrines, on n’est jamais tranquille nulle part pendant la guerre… Un abri est une station de pompage destiné à approvisionner l’eau de la nappe phréatique pour les besoins domestiques.
On voit aussi des emplacements pour des canons de 5 CM antichars ou pour canons anti-aériens de 2 ou 3.7 CM sans toit.
De gros blockhaus servent d’abris pour le personnel pour un ou deux groupes. Certains sont équipés d’un périscope et parfois d’une antenne radio rétractable. Un gros bunker sert de poste de commandement au point fortifié « Adolf » situé à l’extrémité est de la digue.
On trouve là aussi deux postes de direction du tir, l’un plus ancien édifié suivant les plans de la Marine, l’autre suivant ceux de la Heer, l’armée de terre. Ils dirigeaient les tirs des batteries situées à Ghyvelde, Uxem, Adinkerke ou La Panne.
Toutes ces constructions étaient reliées à un réseau téléphonique qui permettait de donner l’alerte en cas de débarquement.
On trouve aussi en bord de plage des casemates équipées de canons de tous calibres, souvent d’ailleurs des pièces de prise. Elles devaient détruire les péniches de débarquement avant qu’elles n’atteignent les plages.
Une zone plus plane des dunes pouvait s’avérer dangereuse car des blindés pouvaient atteindre rapidement l’intérieur des terres. Un mur antichar en béton armé devait pouvoir les arrêter. Cette masse imposante fait près de 500 mètres de longueur.
Les militaires n’habitaient que les gros blockhaus d’observation, de commandement ou de combat. Ces derniers étaient équipés de lits superposés pendus aux murs ou aux plafonds. Ils comportaient aussi un ou plusieurs feux pour combattre l’humidité des lieux. Certains disposaient d’un chauffage électrique. Les grosses constructions comportaient des portes blindées étanches aux gaz de combat. L’air intérieur était filtré au travers de cartouches de charbon actif. La ventilation pouvait être électrique ou manuelle.
La construction des ces ouvrages était sous le contrôle de l’ « ORGANISATION TODT » qui avait établi avec les armées des constructions standardisées pour chaque type de bunkers. Cela aidait les approvisionnements en béton, la fabrication des armatures, la préfabrication des divers équipements. Ensuite, on sous-traitait à une entreprise souvent Belge, Hollandaise ou Française.
La main d’œuvre était recrutée parmi les habitants des villages proches qui trouvaient ainsi l’occasion de faire bouillir la marmite pour leur famille. Ils étaient pratiquement les seuls employeurs et en plus, les salaires étaient plus élevés que dans les entreprises civiles ou chez les agriculteurs.
Le camouflage des installations se faisait par des peintures teinte sable ou verte suivant un nuancier connu sous le nom de R.A.L. On fixait parfois le sable avec un produit pétrolier pour éviter qu’il ne vole. On faisait planter des oyats, les Amis de Bray-Dunes n’ont rien inventé si ce n’est le bénévolat pour ce travail.
Aux blockhaus, il faut rajouter des réseaux de fils de fer barbelé, des mines de toutes sortes, des obstacles de plage, piquets de bois, d’acier ou de bétons, pieux piégés, casse-noisettes etc… etc…
Le Mur de l’Atlantique était plus dense dans notre région qu’en Normandie, résultat de l’opération « FORTITUDE » qui consistait à faire croire aux Allemands que le débarquement aurait lieu sur la Côte d’Opale.
Que serait-il arrivé s’ils avaient débarqué ici ???
Après l’arrivée de Canadiens, les combattants de la Brigade Blindée Indépendante Tchécoslovaque ont occupé les bunkers pour faire face aux 12.000 allemands restés dans Dunkerque assiégée. Des combattants français F.F.I. engagés volontaires s’étaient joints à eux pour cette mission.
Les mêmes lieux ont ensuite accueilli des civils Bray-Dunois dont les habitations avaient été détruites. En attendant que les baraquements soient construits. En 1958, certains étaient encore habités. Un des blockhaus situés dans les dunes hautes près de l’église allait connaitre un destin encore plus curieux, il allait servir de fondations pour le Calvaire des Marins édifié à l’initiative de l’Abbé Catry.
Ils sont encore des endroits dangereux pour les imprudents : blessures par des morceaux de verre, éboulement du sable, présence possible d’objets dangereux. Soyez prudents !

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Lundi, 10 Juin, 2013 - 12:22

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